GEORGE BENSON « ABSOLUTELY LIVE» (Eagle Vision
ERV 646-9, distribution Sony Music) :
All of me, I only
have eyes for you, Beyond the sea, Deeper than you think, Hipping the hop,
Lately, The ghetto, In your eyes, Moody’s mood, Danny boy, This masquerade, Breezin’,
Love X love, Turn your love around, Never give up on a good thing, Give me the
night, On Broadway.
Des disques vidéo à la qualité d’image et de son
incroyables sont apparus récemment en France. La commande numérique permet de
sélectionner les morceaux que l’on souhaite entendre. Il est également
possible d’effectuer des gros plans sur un chanteur ou un musicien. Ce concert
a réellement été enregistré en public à Belfast en 2000.
Les trois premiers titres figurent parmi les plus
intéressants dans la mesure où Benson est accompagné par un big band celui de
la BBC qui certes ne vaut pas le Count Basie Orchestra de la grande époque, ni
celui de Claude Bolling, mais possède un son d’ensemble « jazz» avec une
rythmique « jazz ».
All of
me est chanté de façon
remarquable par George Benson qui rappelle un peu le Louis Armstrong jeune,
avec une voix éclatante, dans le premier chorus. II part ensuite dans une
improvisation scat dans un style exubérant à la façon d’un saxophoniste, bien
soutenu par des riffs orchestraux. Il reprend le thème vers la fin en chantant
de nouveau le texte, en brodant sur la mélodie avec aisance, conviction et
swing, galvanisant l’orchestre. Benson est vraiment un grand chanteur.
I only
have eyes for you est moins
réussi dans la mesure où Benson chante ici de façon douce à la Nat King Cole et
effectue peu de variations par rapport à la mélodie. L’arrangement est basé sur
la version du disque « Big Boss Band » (Bulletin
391). Cette interprétation est néanmoins fort plaisante et plus swinguée
que la version studio.
Beyond the sea (La Mer de Charles Trénet)
est splendide. Dès les premières mesures, le bon tempo est établi. Benson
chante ce thème tantôt de façon suave un peu à la Nat King Cole, tantôt de
façon éclatante et exubérante. Il emprunte à Ray Charles certains effets (growl
prononcé). Vers la fin, il nous gratifie d’un passage en scat en répétant la
même note à la guitare. une gradation s’installe dans le swing et
l’interprétation se termine sur une note humoristique. Son jeu de scène est
excellent. L’arrangement est basé sur la version du disque « 20/20» (Bulletin 339).
Les quatre morceaux suivants mettent surtout en
valeur le guitariste. Ces thèmes récents ont été enregistrés en studio et
figurent sur le CD « Absolute Benson » (Bulletin
496). Il est accompagné par son propre groupe auquel s’est joint le
pianiste Joe Sample. Deeper than
you think, Hipping the hop et Lately sont purement instrumentaux et
sonnent plus «jazz» et moins « Caraïbes » que dans la version studio pour
différentes raisons : jeu de batterie plus subtil, synthé plus discret et
surtout contexte beaucoup plus favorable à l’improvisation. Benson agrémente
ses solos de phrases volubiles, de riffs comme dans Deeper, de passages en octaves. Le pianiste Joe Sample prend lui
aussi de bons solos. Hipping
the hop est plaisant. Ce thème est le plus jazz des trois. Lately
est émouvant. La partie de guitare de Benson impressionnante de feeling et de
virtuosité. Il est véritablement envoûté par la beauté de la mélodie et par ses
propres variations. Benson termine chaque morceau en se retournant vers le
pianiste, lui adressant un regard qui fait beaucoup penser à Henri Salvador.
The
ghetto est par contre
d’inspiration Caraïbes, même si la qualité du chant souvent en scat, le jeu de
guitare et le solo de piano électrique rendent l’interprétation musicalement
fort jolie. Pour le reste du concert, Benson est accompagné par son groupe et
l’orchestre d’Ulster, un groupe symphonique. David Witham remplace Joe Sample
au piano.
Si In your eyes
est chanté de façon sentimentale avec accompagnement de cordes, Moody’s
mood est fort réussi. Benson le
chante au début de façon tendre, mais sans mièvrerie, découpant fort bien ses
phrases. L’accompagnement est bon. Suite au bon solo de piano de David Witharn,
sa reprise chantée est pleine de dynamisme. Il se livre alors à des passages
scat a cappella et des clins d’œil
à Louis Armstrong, Ella Fitzgerald notamment. Sa technique vocale lui permet
toutes sortes d’imitations et de traits d’humour. Fameux !
Le chanteur cède la place ensuite au guitariste
qui interprète seul Danny Boy. Il
imite pour commencer les guitaristes irlandais, puis joue le thème dans son
style. Cela fait penser à son célèbre Tenderly
(Bulletin 374). Dommage que la
prise de son soit ici moins bonne. On perçoit dans ses variations les
influences combinées de Django, Tatum et Montgomery.
This
Masquerade est une interprétation
longue durée où il montre l’étendue de son talent : chant avec alternances de
passages suaves et vibrants, chant scat acrobatique doublé par la guitare,
passages de guitare volubiles ou saignants. Comme dans Moody’s mood, David Witham y prend un solo de
piano fort apprécié par le public.
En dépit d’un accompagnement mi-rock, mi-exotique,
Breezin’ est un bon solo de guitare
où Benson prend des chorus très inspirés déployant virtuosité, musicalité et
swing.
Les morceaux suivants ne sont guère satisfaisants
pour l’amateur de jazz. Benson chante ici ses succès commerciaux « funk/variété
». 11 nous montre ses talents de danseur et de showman que je ne connaissais
pas. Les femmes se mettent à danser, il y en a même une qui monte sur la scène,
c’est assez amusant à regarder. Les thèmes sont assez ternes, l’accompagnement
au goût du jour, l’orchestre symphonique reprend les arrangements des versions
studio.
Ceci dit, Benson chante bien (il ne peut mal
chanter) en particulier vers la fin de Turn
your love around. Il y a un bon passage de guitare pour terminer Love X Love. Vers la fin du célèbre Give me the night, il utilise à la
guitare des effets de distorsion un peu comme Albert King ou Melvin Taylor.
C’est assez surprenant de sa part ! Never give up on a
good thing, par
contre, fait rengaine. Le concert se
termine mieux avec On Broadway en
dépit de passages en salsa.
Il y a tellement de bons moments que je ne saurais
vous recommander d’acquérir ce DVD, des titres comme All of me, Beyond the sea, Lately, Moody’ mood, Danny boy ou This
Masquerade vous laisseront pantois.
Raphaël
Aubin
L