DIANA
KRALL, « LIVE IN PARIS»
(Eagle
Vision 196 distribution Universal)
I love being here with you, All or nothing at all, Let’s fall in love, The look of love, Maybe you’ll
be there, Deed I do, Devil may care, Cry me a river, I’ve got you under my
skin, East of the sun, I get along, Pick yourself up, S’wonderful, Love
letters, I don’t know enough about you,
Do it again, A case of you.
Ce
concert a été enregistré à l’Olympia en 2001. On sait qu’après des débuts
prometteurs sur la scène du jazz, Diana Krall s’est récemment enfoncée dans la
guimauve avec son dernier disque « The look of love » (cf. Bulletin 508). Nous retrouvons ici le même climat déprimant dans Maybe you’ll be there, I get
along, I’ve got you under my skin, S’wonderful et Love letters. Dans le genre, The look of love, qu’elle chante avec un
peu plus de conviction, en dépit du rythme bossa-nova, est le moins mauvais.
Le reste du
concert, fort heureusement, appartient presque totalement au langage du jazz. C’est
merveille de voir et d’entendre des musiciens comme le contrebassiste John
Clayton et le batteur Jeff Hamilton au côté de Diana. Le troisième
accompagnateur notable est le guitariste Anthony Wilson, influencé par Kenny
Burrell et Wes Montgomery. Ce musicien est surtout convaincant et swinguant
lorsqu’il joue en octaves, à d’autres moments, je le trouve parfois un peu
terne. Le second guitariste John Pisano et le percussionniste Paulinho DaCosta
interviennent de façon épisodique et complètent la formation.
Ce
concert public met en valeur dans plusieurs interprétations le grand talent de
Diana Krall, pianiste. Elle a subi l’influence conjuguée d’Ahmad Jamal, de
Monty Alexander et d’Oscar Peterson, et cela se ressent au travers de ses solos
ou de ses interventions. Toutefois, ne possédant pas la virtuosité inégalable
de ces pianistes, elle s’est efforcée de capter leur esprit en adaptant ces
diverses influences à sa propre personnalité et y est parvenue, avec brio.
Diana
utilise parfois le « block chords », fait de fugitifs emprunts à d’autres
pianistes/chanteurs comme King Cole ou encore Ray Charles par exemple vers la
fin de Cry me a river et émaille ses improvisations de citations
cocasses (Rockin’ in rhythm, Sweet Georgia Brown, Lonely Avenue...).
Enfin, au début de I don’t know enough about you, elle nous gratifie
d’un passage en stride léger et souple.
Les
interprétations les plus réussies sont I love being here with you,
essentiellement instrumental, Deed I do, East of the sun, et I
don’t know enough about you, peut-être le sommet du concert. On redécouvre
alors la véritable Diana Krall, sa joie de vivre, son dynamisme, sa beauté
profonde et son originalité.
Le reste
du concert comporte de nombreux passages swinguants. L’orchestre symphonique
européen et le « Paris Jazz Big Band » sont également présents dans certaines
plages comme Let’s fall in love ou Pick yourself up, cependant le
chant de Diana n’est pas dénaturé et reste agréable. Pour terminer le
spectacle, elle chante avec émotion A case of love en s’accompagnant
seule au piano. Peu « jazz» certes, mais authentique!
Espérons
que Diana Krall reste enracinée au monde du jazz en dépit de sa célébrité
naissante. Car, elle possède une classe incroyable.
Raphaël
Aubin