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                                                                       EDDIE « LOCKJAW » DAVIS Quartet

                                                                                                                                                        (IDEM 1036)


L'analyse de ce DVD a été publiée dans le Bulletin du HCF N° 537, page 27 du mois de Juin 2004

 

 

On ne présente pas ce splendide saxophoniste ténor qui, parti de Hawkins puis Lester Young et surtout Byas, s’est créé un style qui le fait reconnaître dès les premières notes. Direct et mordant dans les tempos vifs, poussant son monde, il est magnifique dans les ballades, lesquelles permettent de goûter sa sonorité chaude et sensible.

Il est filmé ici au Jazzhus Slukefter Club de Copenhague, au Dane­mark en 1985, soit un an avant sa mort le 3 novembre 1986, âgé de 64 ans. Il est entouré d’un pianiste local, Niels Joergen Steen, d’un bassiste également danois, Jesper Lundgaard et du si bon Ed Thigpen à la batterie, les quatre musiciens nous donnant, en direct, la plus belle musique de jazz jamais filmée - si on met à part L’Aventure du Jazz.

Magnifiquement soutenu par le pianiste et le batteur, « Lockjaw »semble intarissable, la plupart des interprétations dépassant sept minutes et deux d’entre elles (Light and Lovely et Shiny stockings) dix minutes. Par ailleurs, le DVD s’ouvre et se clôt par deux grandes pages de Duke, Take The A Train et Don’t Get Around Much Anymore.

Tout serait à citer tant la puissance de jeu, la mise en place et l’invention mélodique sont présents au plus haut degré dans chaque interprétation. De Ed Thigpen, il n’y a rien à dire : c’est bien le grand batteur que nous connaissons au travers de ses enregistrements avec Oscar Peterson, Helen Humes (à Montreux) ou Ella Fitzgerald. Dans sa chronique sur la mort du cher Roland Lobligeois, Michel Laplace rappelait la présence de Thigpen au côté du contrebassiste, le 7juillet 1984 à Montauban.

                 Peu à dire justement ici du contrebassiste. Plus souple, plus supportable à l’accompagnement que le métronomique N.H.0. Pedersen, pour rester chez les Danois, ses solos sont fastidieux, ce que semble penser « Lockjaw » dans ces (heureusement rares) moments.

                 La très bonne surprise vient du pianiste Niels Joergen Steen, qui fait preuve tout au long d’un puissant soutien au soliste et lui-même déployant dans ses solos d’une attaque et d’une qualité harmonique et mélodique qui fait penser à « Pépé » Persiani, l’autre grand partant de janvier, dont il a les avant-bras « à la Popeye ». Toute l’attitude et le regard de Lockjaw à ces moments-là en dit long sur ce qu’on entend.

                 Si la musique est de premier ordre, le filmage, le montage, la prise de son ne le sont pas moins. Dire que c’est filmé « à la Louis Panassié » dispense d’explications et autres compliments.

 

                                                                                                                                                                                                                                    (H.S.)