EDDIE
« LOCKJAW » DAVIS Quartet
(IDEM
1036)
On ne
présente pas ce splendide saxophoniste ténor qui, parti de Hawkins puis Lester
Young et surtout Byas, s’est créé un style qui le fait reconnaître dès les
premières notes. Direct et mordant dans les tempos vifs, poussant son monde, il
est magnifique dans les ballades, lesquelles permettent de goûter sa sonorité
chaude et sensible.
Il est
filmé ici au Jazzhus Slukefter Club de Copenhague, au Danemark en 1985, soit
un an avant sa mort le 3 novembre 1986, âgé de 64 ans. Il est entouré d’un
pianiste local, Niels Joergen Steen, d’un bassiste également danois, Jesper
Lundgaard et du si bon Ed Thigpen à la batterie, les quatre musiciens nous
donnant, en direct, la plus belle musique de jazz jamais filmée - si on met à part
L’Aventure du Jazz.
Magnifiquement
soutenu par le pianiste et le batteur, « Lockjaw »semble intarissable, la
plupart des interprétations dépassant sept minutes et deux d’entre elles (Light and Lovely et Shiny stockings) dix minutes. Par ailleurs,
le DVD s’ouvre et se clôt par deux grandes pages de Duke, Take The A Train et Don’t
Get Around Much Anymore.
Tout
serait à citer tant la puissance de jeu, la mise en place et l’invention
mélodique sont présents au plus haut degré dans chaque interprétation. De Ed
Thigpen, il n’y a rien à dire : c’est bien le grand batteur que nous
connaissons au travers de ses enregistrements avec Oscar Peterson, Helen Humes
(à Montreux) ou Ella Fitzgerald. Dans sa chronique sur la mort du cher Roland
Lobligeois, Michel Laplace rappelait la présence de Thigpen au côté du
contrebassiste, le 7juillet 1984 à Montauban.
Peu à dire justement ici du contrebassiste. Plus
souple, plus supportable à l’accompagnement que le métronomique N.H.0.
Pedersen, pour rester chez les Danois, ses solos sont fastidieux, ce que semble
penser « Lockjaw » dans ces (heureusement rares) moments.
La très bonne surprise vient du pianiste Niels
Joergen Steen, qui fait preuve tout au long d’un puissant soutien au soliste et
lui-même déployant dans ses solos d’une attaque et d’une qualité harmonique et
mélodique qui fait penser à « Pépé » Persiani, l’autre grand partant de
janvier, dont il a les avant-bras « à la Popeye ». Toute l’attitude et le
regard de Lockjaw à ces moments-là en dit long sur ce qu’on entend.
Si la musique est de premier ordre, le filmage, le
montage, la prise de son ne le sont pas moins. Dire que c’est filmé « à la
Louis Panassié » dispense d’explications et autres compliments.
(H.S.)